L’art action communautaire

À la jonction de l’art communautaire et de l’action collective

L’art communautaire facilite l’expression des individus et des groupes, en particulier les plus exclus, souvent autrement que par les mots (ou, du moins, que par le langage dominant). Il assure une première satisfaction liée à l’accomplissement d’une création artistique collective. Il permet des actions originales.

Aussi, l’art communautaire suppose un processus à long terme et des rencontres régulières entre membres d’un groupe stable. Cela permet l’émergence des sentiments de sécurité, de confiance et d’appartenance entre les membres, ce qui à son tour favorise l’expression des émotions et le partage des réalité difficiles.

L’action collective met l’accent sur la participation collective et démocratique aux décisions nécessaires au processus et instaure une méthode qui favorise l’efficacité des actions (la portée, l’impact) car elle y apporte une structure, la référence à un objectif et l’évaluation des stratégies et du fonctionnement. Les approches de type sociopolitique (que nous privilégions) rappellent aussi la nécessité d’une analyse critique de la société autant que de l’action.

Les deux favorisent la prise de parole publique, l’établissement de rapports égalitaires et développent le pouvoir d’agir individuel et collectif (légitimation, confiance en soi, etc.). Ils favorisent la visibilité et l’audibilité des personnes. Ensemble, ils ont un grand potentiel de transformation sociale.

Concrètement, il s’agit donc

  • d’un processus de groupe
  • où des membres adultes d’un organisme communautaire, unE intervenantE de cet organisme et unE artiste
  • se mobilisent et se mettent en action autour d’un enjeu commun aux membres (des personnes directement concernées par une même situation injuste).
  • Le processus vise à mettre de l’avant une revendication précise ayant un effet sur cette situation injuste
  • en faisant appel à l’art à toutes les étapes
  • et en favorisant la participation démocratique aux décisions nécessaires au projet.

Sur les rôles de chacun

Les trois entités participant au projet possèdent chacune leur expertise propre. Chacune ira aussi chercher des bénéfices liés à son rôle. Chacune a des pouvoirs particuliers.

Les participantEs sont les expertEs de leur réalité et leurs expériences. C’est à partir de leur réalité que les projets se forment. Ils sont ceux qui s’expriment sur leur réalité et la situation-problème, qui décident des changements nécessaires et qui agissent.
Ils sont au coeur du projet, c’est d’abord pour améliorer leurs conditions de vie que tout le projet se fait. Ils devraient être les premiers à bénéficier des impacts positifs du projet.
Ce sont leurs idées, opinions et décisions qui sont les plus importantes quant aux objectifs à poursuivre et aux moyens à utiliser.

Les artistes possèdent des expertises en créativité et en arts. Elles savent stimuler la créativité et connaissent des techniques liées à l’art. Les artistes permettent au groupe de s’exprimer et de faire les choses différemment.
Elles reçoivent une rémunération pour leur travail et en reconnaissance de leur expertise.
Elles influenceront (surtout) le processus artistique et les œuvres finales.

Les animatrices ou intervenantes sont celles qui veilleront au processus d’action collective, elles connaissent des techniques d’animation et connaissent les membres. Elles assurent le bon fonctionnement du groupe. Elles accompagnent le groupe à travers la planification du processus d’action collective et pour qu’il puisse exprimer les opinions et décider de façon démocratique.
Elles reçoivent un salaire de la part de l’organisme, lui-même subventionné par Engrenage noir.
Elles influenceront (surtout) le processus d’action collective à travers leur planification et les outils d’animation qu’elles auront élaborés.

Les trois entités travaillent ensemble dans un but commun.

Ajoutons que les trois entités obtiendront comme bénéfices divers apprentissages et enrichissements personnels et/ou professionnels.

Bien sûr, tout cela n’est pas étanche. De plus, nous encourageons le partage de connaissances ainsi que le développement d’expertises chez les membres de chacune des entités. Cela se fera néanmoins à travers le soutien des personnes qui possèdent l’expertise sur la base de laquelle ils participent au projet.

Types de projets privilégiés :

Rouage s’intéresse particulièrement aux projets d’action collective qui sont de type sociopolitique (ou action sociale) : les projets qui défendent collectivement les droits des personnes, s’opposent à leur exploitation ou exclusion, revendiquent plus de justice et proposent des solutions axées sur l’amélioration de leurs conditions de vie. Les enjeux qui nous intéressent touchent à la pauvreté, aux dominations de genre ou ethniques, liés aux conditions physiques, aux conditions de travail, à la faible scolarisation, à l’âge, à la santé ou à l’identité/orientation sexuelle.

Pour augmenter les chances de voir le projet avoir des impacts concrets dans la vie des gens, nous souhaitons accompagner des projets qui se concentreront toujours sur le même enjeu, voire sur la même revendication.

À cause de la teneur politique et publique des actions, nous préférons nous en tenir à des projets qui impliquent la participation d’adultes de 18 ans et plus.

Cependant, nous n’attendons pas de garantie de votre part sur l’issue du processus et la volonté de tous les membres du groupe de s’engager dans des actions militantes. Nous sommes prêtes à prendre le risque que la «fibre militante» ne se développe pas. Si le groupe réalisait que le programme ne correspond pas à ses intérêts et capacités, le projet ne serait alors tout simplement pas renouvelé l’année suivante. De notre côté, nous avons confiance en le potentiel mobilisateur d’une démarche d’art action communautaire. Peut-être que certaines personnes s’arrêteront en chemin, peut-être que le groupe mettra des limites à l’aspect militant. L’important est de prendre le temps de bien traverser les phases d’analyse de la situation.